La Montagne Pelée : la déesse du feu

La Montagne Pelée : la déesse du feu

Tous ceux qui habitent à proximité d’un volcan actif vous le diront : il existe une véritable relation entre la population et cette montagne au sang qui coule dans ses veines. Ce n’est pas une relation de peur, mais bien de respect alors qu’ils partagent le même territoire. C’est tout aussi vrai de la montagne Pelée et des Martiniquais de la ville de Saint-Pierre et des alentours. Tour d’horizon d’un des endroits touristiques naturels les plus prisés en Martinique.

Un volcan actif

Haute de 1 397 m et d’un diamètre de onze à quinze kilomètres, la montagne située au nord de la Martinique occupe une superficie de 120 km2. Toujours actif, le volcan serait âgé de 300 000 ans. Les volcans issus de la subduction, comme celui-ci, sont des volcans auxquels la communauté scientifique porte une grande attention, car ils sont les plus nombreux et les plus dangereux. La subduction s’explique par la disparition d’une plaque qui en réalité passe sous sa voisine et rentre dans les profondeurs de la Terre.

La montagne Pelée est un stratovolcan gris calco-alcalin dont la dernière éruption date de 1932. Cependant, c’est en 1902 que Pelée a causé sa plus grande catastrophe en détruisant la ville à ses pieds et laissant 30 000 morts derrière ses coulées de lave et ses éjections de roches et de cendre. C’est lors de cette éruption que les experts volcaniques ont créé le qualificatif : de type éruptif péléen. Le dynamisme volcanique péléen se caractérise par des éruptions rares mais violentes. La grande majorité du temps, un couvercle d’andésite (de la lave à forte teneur en silice et très visqueuse) crée un dôme qui referme la bouche éruptive du volcan. Lorsque la pression devient trop forte, on assiste alors à l’éjection brutale des gaz, de cendres brûlantes et de blocs de lave.

Son histoire

On connaît peu de choses avant l’arrivée des colons français en 1635, mais des études ont démontré que la montagne Pelée a certainement connu une éruption vers 1300 qui a causé une interruption dans le peuplement précolombien de la Martinique. Par la suite, on a pu noter des éruptions magmatiques peu avant 1635 ainsi qu’entre 1929 et 1932 (avec un pic le 18 octobre 1929).

À l’arrivée des colons, ces derniers trouvèrent une bonne partie de la végétation sur les flancs du volcan ainsi qu’à son sommet, complètement rasée par des écoulements de lave récents. C’est une des raisons pour lesquelles la montagne porte le nom de Pelée.

La dernière éruption magmatique (1929-1932), n’a quant à elle fait aucune victime alors qu’on a réussi à évacuer les populations à temps. La forme de la montagne que l’on peut apercevoir aujourd’hui, dont avec une caldeira bien définie, date de cette époque.

En 1792 et de 1851 à 1852, des éruptions phréatiques eurent lieu, avec un pic d’activité le 5 août 1851. Et entre les deux, il y eut l’éruption peléenne de 1902 à 1905 qui détruisit la ville de Saint-Pierre, tel que mentionné précédemment et en voici l’histoire :

À cette époque, la ville de Saint-Pierre était la capitale commerciale de la Martinique. Avec ses plus de 29 000 habitants, on la surnommait le petit Paris des Antilles. Aujourd’hui, la nouvelle ville ne compte que 5 000 habitants. Le 8 mai 1902, l’histoire raconte qu’une nuée ardente partie du sommet du volcan et s’abattit sur la ville, détruisant complètement Saint-Pierre et tuant sa population entière… ou presque. En effet, il y aurait eu deux survivants confirmés à cette catastrophe. Le premier, Louis-Auguste Cyparis, était un prisonnier. Il fut sauvé par l’épaisseur des murs de son cachot. Le second, un cordonnier du nom de Léon Compère-Léandre, vivait à la périphérie de la ville, ce qui lui permit de se sauver. Certains proposent aussi qu’une troisième personne, une petite fille nommée Havivra Da Ifrile, aurait elle aussi échappé à la fureur du volcan grâce à la barque de son frère, mais rien ne nous permet aujourd’hui de le confirmer.

L’origine de son nom

Il existe deux théories qui pourraient expliquer le nom de la montagne Pelée. La première suggère que lorsque l’île fut colonisée en 1631, son sommet était dénudé de toute végétation, ce qui s’expliquerait par une éruption volcanique ayant eu lieu quelques années auparavant.

L’autre explication viendrait des amérindiens des Caraïbes, les Kalinagos. Selon la légende, ils auraient nommé la montagne Pelée en l’honneur de la déesse du feu. Il lui attribuait des cheveux de feu qui leur permettait d’expliquer l’activité volcanique. Et comme cette dame avait des tendances très colériques, lorsqu’elle se fâchait, elle tapait du pied, causant ainsi des tremblements de terre et des éruptions.

Une faune et flore diverse selon l’altitude

La montagne Pelée possède un climat et une végétation diverse par étage, dû au fait qu’elle naît au niveau de la mer et culmine à près de 1 400 m d’altitude, ce qui occasionne une grande différence de température entre les différentes strates. Ceci dit, elle est en grande partie affectée par le climat tropical des Antilles qui se caractérise par des températures élevées stables tout au long de l’année (autour de 25 degrés celsius).

À son socle, la végétation se nourrit d’un sol de nature volcanique très riche et grandit sous la chaleur des tropiques. C’est pourquoi, sur le versant Caraïbes, on retrouve des plantations de bananes. Les flancs de la montagne Pelée, sont aussi riches en roche pouzzolanique qui est utilisée comme matériau de construction par les cimentiers, et exploités depuis un siècle.

En bordure de mer, la végétation est plus sèche qu’à l’intérieur des terres, sur l’autre versant, et est même clairsemée de prairies des hautes herbes. De l’autre côté, la végétation est beaucoup plus riche, variée et sauvage. Elle se compose principalement de grands arbres qui disparaissent à une certaine altitude afin de laisser place aux fougères et autres plantes plus adaptées à ce climat. Il faut savoir que les températures baissent rapidement lorsque l’on approche du sommet et peuvent descendre sous la barre des 10 degrés Celsius. Et alors que les pluies se limitent en grande partie le temps d’une saison pour le reste de la montagne, à son sommet, on peut atteindre une pluviométrie de 10 000 mm par an.

Randonnée touristique de la montagne

Aujourd’hui, Pelée est une destination touristique populaire, à laquelle on peut accéder par des sentiers aménagés, idéal pour randonner et découvrir le paysage. Cependant l’ascension n’est pas de tout repos pour les plus téméraires qui veulent atteindre le sommet par l’un des deux itinéraires disponibles. La dénivellation du terrain est très marquée voire même considérée extrême à certains endroits. Alors que le parcours s’entreprend sous un soleil ardent et dans la chaleur tropicale, l’arrivée au sommet, elle, se déroule dans un climat froid, venteux et brumeux, la grande majorité du temps.

La marche vers le sommet nous conduit sur des sentiers d’amas de pierres et de longs passages se rapprochant de la verticale. Au final, l’ascension du cratère se rapproche plus de l’escalade. Pour ceux qui s’y aventurent tout de même, il existe deux refuges au sommet. Le premier vous permet de passer la nuit en bivouac, mais ne vous attendez pas à du luxe. Le second consiste simplement en une pièce de 10 m2, sans fenêtre ni porte. Il existe aussi un refuge sur la partie basse, situé sur le pourtour du cratère, dans lequel on retrouve deux salles de 12 m2 en terre battue. Vue le climat tropical, le sol est souvent boueux.